Organisation de Femmes pour les Prisonnières Politiques


Libérez tous les prisonniers politiques
Bulletin novembre 2018

Prison d’Hasharon (Tel Mond)

Toutes les prisonnières d’Hasharon ont été transférées à la prison de Damon. Le transfert a eu lieu entre le 31 octobre et le 7 décembre 2018.

Depuis des années, toutes les prisonnières politiques palestiniennes ont constamment demandé à être regroupées, elles sont donc satisfaites que cela ait été obtenu.

Le service des prisons d’Israël n’a pas donné de raisons pour ce transfert. Toutefois on peut penser que cela fait suite à une décision de juin 2017 de la Haute Cour de Justice israélienne, ordonnant à l’état d’augmenter l’espace pour chaque prisonnier.e dans les cellules, espace actuellement entre 2,2 et 3 m² pour tou.te.s les prisonnier.e.s pendant 9 mois et jusqu’à 4m2 pendant 18 mois. A Hasharon, les prisonnières avaient moins de 3m2 d’espace par personne.

L’État ne s’est pas conformé à cette décision et a au contraire demandé à la Haute Cour de la reporter de 10 ans, jusqu’à 2027. Les associations* qui avaient déposé cette pétition auprès de la Haute Cour en 2014 ont déclaré en 2018: «L’État persiste à dénier leurs droits aux prisonnier.e.s et refuse d’appliquer les décisions de la Haute Cour.»

Le 1er novembre 2018 la Haute Cour a accordé un délai jusqu’au 30 avril 2019 pour un espace de 3m2 et jusqu’au 2 mai 2020 pour un espace de 4m2.

Il faut noter qu’afin de se conformer à la décision de la Haute Cour concernant le surpeuplement des prisons, la Knesset (le parlement israélien) a voté un amendement à une loi pré-existante le 5 novembre 2018. Cet amendement élargit notablement les possibilités de «libération administrative» des prisonnier.e.s. Toutefois la Knesset a arbitrairement exclu les prisonnier.e.s politiques palestinien.ne.s de cette possibilité de libération anticipée pour raisons administratives.

Les prisonnières politiques palestiniennes qui s’attendaient à ce que cette nouvelle loi facilite leur libération anticipée ont vu leurs espoirs s’effondrer.

Prison de Damon (Mont Carmel)

Suite au transfert de toutes les prisonnières politiques palestiniennes d’Hasharon, il y a actuellement 50 prisonnières en tout à Damon. Leur nombre varie en fonction des nouvelles arrestations et des libérations en fin de peine.

Le premier combat des prisonnières palestiniennes s’est fait contre les décisions arbitraires des autorités de la prison concernant les compagnes de cellule. Les prisonnières palestiniennes ont demandé à les choisir elles-mêmes. Pour appuyer leur demande les prisonnières ont refusé d’entrer dans leurs cellules et sont restées dans la cour. Elles ont mené des négociations avec les autorités de la prison à la suite desquelles les prisonnières ont obtenu le droit de décider avec qui elles partageraient leur cellule.

Les prisonnières palestiniennes sont incarcérées dans une aile de 13 cellules. Il y a entre 4 et 8 prisonnières par cellule. Une des pièces est la cellule d’isolement et une autre une cellule d’isolement avec caméras. Il y a une grande cellule actuellement fermée; on leur a dit que seules les mineures pourraient l’utiliser pour étudier, ce qui est ennuyeux car on leur avait dit précédemment que ce serait une bibliothèque et une salle de lecture pour toutes les prisonnières. Chaque famille de prisonnières ne peut apporter que 2 livres par mois -et à condition que la prisonnière ait déjà l’autorisation de recevoir des livres et qu’elle rende à sa famille les 2 livres qu’elle avait déjà.

Toutes les cellules et la cour ont un sol en ciment qui n’est pas recouvert de carreaux ni d’autre chose. Il n’y a pas de chaises dans les cellules et les prisonnières sont souvent assises sur le sol nu car les autorités interdisent de recouvrir le sol avec des couvertures.

Chaque cellule a une bouilloire électrique, une plaque chauffante électrique et un poste de télévision. Il y a des toilettes dans chaque cellule mais pas de douche. Les prisonnières sont enfermées pendant 20 heures dans leurs cellules et parfois toute la journée.

La cour de la prison

Les prisonnières n’ont même pas le droit de courir dans la cour. Par ailleurs elles sont sous surveillance constante grâce à 2 caméras, ce qui empêche les prisonnières de faire la plupart des exercices physiques car les caméras sont visionnées par 2 gardes hommes. Les prisonnières n’ont pas le droit de se rassembler. En fait on leur interdit de se rassembler dans la cour. Les prisonnières peuvent passer environ 4 heures dans la cour ce qui inclut le seul temps possible pour prendre une douche. La cour n’est pas couverte ce qui fait que quand il pleut les prisonnières ne vont pas dans la cour.

Les douches

Les douches sont toutes en dehors des cellules. Ce qui fait que les prisonnières ne peuvent les utiliser que quand elles sont autorisées à quitter leurs cellules pour aller dans la cour. Leur accès est en plus empêché chaque fois que les prisonnières ne peuvent pas sortir de leurs cellules comme par exemple lors des visites par les autorités de la prison.

Que les douches soient en dehors des cellules rend leur usage particulièrement difficile en hiver car la prison de Damon est sur le mont Carmel où le temps peut être très venteux et froid.

L’éducation

Les prisonnières n’ont pas le droit d’avoir du matériel éducatif. Récemment, lors de la fouille d’une cellule une seule page de matériel éducatif a été trouvée et elle a été confisquée. Les gardiennes ont dit aux prisonnières qu’aucun matériel éducatif n’était autorisé.

Matériel pour travaux manuels et artisanat

La prison ne permet toujours pas aux familles d’apporter du matériel pour les travaux manuels et l’artisanat. Les prisonnières sont totalement privées de leur droit à la créativité par des travaux manuels et de l’artisanat.

La détention administrative

Actuellement, 2 des prisonnières politiques palestiniennes sont sous le régime de la détention administrative, procédé utilisé par les autorités israéliennes pour emprisonner des personnes sans chef d’accusation. Les prisonnier.e.s sont détenu.e.s pendant des périodes de temps étendues sous couvert d’ »informations » qui ne sont jamais dévoilées, ni aux prisonnier.e.s ni à leurs avocat.e.s. La détention administrative est presque exclusivement utilisée pour emprisonner des Palestinien.ne.s. Bien qu’un ordre de détention administrative soit issu pour 6 mois, il peut être renouvelé indéfiniment. Ce mode de torture qu’est la détention administrative non seulement empêche le/la prisonnier.e de se défendre contre l’ »information » secrète retenue contre lui/elle mais il le/la laisse dans l’ignorance complète de la durée de sa détention. Elles et ils ne savent pas dans combien de temps elles et ils seront libéré.e.s, pas même en nombre d’années. Et de fait, une des détenues administratives a déjà vu sa détention prolongée à plusieurs reprises.

Khalida Jarrar, membre du Conseil Législatif Palestinien, 55 ans, mère de 2 enfants, de Ramallah, a été arrêtée le 2 juillet 2017. Le commandant militaire a d’abord émis un ordre de détention administrative de 6 mois contre elle. Cette détention a été prolongée de 6 mois en décembre 2017 puis, en juin 2018, de 4 mois supplémentaires. Et enfin en octobre 2018 d’encore 4 mois. Khalida a été précédemment libérée en juin 2016 après 14 mois de prison dont un mois de détention administrative.

Fida Daa’ms, 24 ans, de Beit Omar, district d’Hébron est étudiante. Elle a été arrêtée le 29 mai 2018 et condamnée à 3 mois de prison. Au moment où elle devait être libérée, le commandant militaire a émis un ordre de détention administrative de 6 mois contre elle, le 16 août 2018. Fida avait été précédemment libérée en juillet 2015 après 6 mois d’emprisonnement.

* la pétition à la Haute Cour de Justice concernant la surpopulation des prisons a été présentée par les organisations suivantes : l’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI), Médecins pour les Droits Humains – Israël (PHRI) et le Collège du Droit et des Affaires (CLB)

Nous voulons nous joindre à l’appel pour la libération de tou.tes les prisonnier.es politiques.

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